
Taxe sur les petits colis : ce qui change en France et en Europe en 2026
La fiscalité des petits colis issus du e-commerce est en pleine transformation. Entre une mesure nationale déjà entrée en vigueur et des évolutions européennes attendues dans les prochains mois, les acteurs de la logistique ont tout intérêt à anticiper ces changements.
Tour d’horizon.
Une taxe française dès le 1er mars 2026
La loi de finances 2026 a instauré une taxe de 2 € par petit colis importé en France, applicable depuis le 1er mars 2026. Cette mesure s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer la concurrence entre les produits fabriqués en France et les articles vendus à bas prix par des plateformes extra-européennes comme Shein, Temu ou AliExpress.
Elle a toutefois vocation à être temporaire : elle restera en vigueur jusqu’à ce qu’un dispositif équivalent soit adopté à l’échelle européenne.
Deux évolutions européennes prévues courant 2026
L’Union européenne travaille en parallèle à une réponse coordonnée, avec deux mesures attendues cette année :
- Un droit de douane de 3 € dès le 1er juillet 2026. Il s’appliquera aux importations d’une valeur inférieure à 150 €. Aujourd’hui, ces envois bénéficient d’une franchise douanière qui leur permet d’entrer dans l’UE sans taxation ce qui correspond à un avantage concurrentiel considérable pour les plateformes asiatiques.
- Une redevance de 2 € par item à partir de novembre 2026 Cette nouvelle taxe sera appliquée par code douanier (c’est-à-dire par type de marchandise) sur toutes les opérations de e-commerce. Elle vient compléter le droit de douane en ciblant plus finement les volumes traités.
Pourquoi les autres États membres attendent-ils ?
Contrairement à la France, les autres pays de l’UE ont choisi de ne pas agir avant la mise en œuvre coordonnée au niveau communautaire. Ce choix n’est pas anodin.
L’Union TLF (Tendance Logistique Française), qui soutient l’objectif de la taxe sur le fond, pointe un risque concret : le détournement des flux logistiques. Si la France taxe les colis entrants mais pas ses voisins, rien n’empêche les plateformes de réorienter leurs expéditions vers d’autres pays européens avant de rediriger les marchandises en France par voie terrestre, contournant ainsi la taxe.
Ce phénomène a déjà été observé en Italie, qui avait mis en place une mesure similaire de manière isolée : le résultat a été une baisse des volumes traités sur le territoire national, pénalisant l’ensemble des maillons de la chaîne logistique locale : des transporteurs aux prestataires du dernier kilomètre, en passant par les entrepôts.

Ce que cela implique concrètement pour les acteurs logistiques
Pour les professionnels de la supply chain, ces évolutions soulèvent plusieurs points de vigilance :
- Anticipez les changements de flux : une partie des volumes actuellement traités en France pourrait se déplacer vers des plateformes logistiques dans d’autres pays de l’UE d’ici juillet 2026.
- Préparez vos systèmes douaniers : l’arrivée du droit de douane de 3 € va mécaniquement augmenter le nombre de déclarations douanières sur les petits envois, qui en étaient jusqu’ici exemptés.
- Intégrez la redevance de 2 € par item dans vos modèles tarifaires et vos contrats avec les donneurs d’ordre e-commerce, notamment pour novembre 2026.
- Restez en veille réglementaire : le calendrier européen peut évoluer, et la suppression de la taxe française est conditionnée à l’entrée en vigueur du dispositif communautaire.
La direction est claire : la période de quasi-exonération fiscale dont bénéficiaient les petits colis extra-européens touche à sa fin. Pour la filière logistique française, l’enjeu est désormais de s’adapter à ce nouveau cadre tout en plaidant pour une harmonisation européenne rapide, seule à même de garantir une concurrence équitable sur l’ensemble du marché unique.