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Fév

Les taxes poids lourds dans le Grand Est : ce qu’il faut savoir

Taxes Poids Lourds - Autoroute

À partir de 2027, le Grand Est devient la première région française à taxer les poids lourds avec le R-Pass en Alsace et l’éco-contribution régionale. Si les collectivités y voient un moyen de financer les infrastructures, les transporteurs s’inquiètent des impacts économiques pour leur secteur.

Deux nouvelles taxes dès 2027

Le R-Pass, voté par la collectivité européenne d’Alsace, entre en vigueur le 1er janvier 2027. Cette taxe kilométrique vise les poids lourds de plus de 3,5 tonnes circulant sur 200 km de routes alsaciennes, principalement l’A35 et les axes frontaliers. Le tarif moyen : 15 centimes par kilomètre, soit environ 25 euros pour traverser l’Alsace du nord au sud. Les montants varient selon le poids du véhicule et ses émissions polluantes.

Le principe d’une écocontribution voté par la Région Grand Est, s’appliquera à partir de mi-2027 sur 525 km de routes nationales en Lorraine et Champagne (RN4, A31, A33…).
Comme le R-Pass, elle sera modulée selon le tonnage, la norme Euro et les émissions de CO2 des poids lourds de plus de 3,5 tonnes.

La FNTR (Fédération Nationale des Transports Routiers), créée en 1933, est la principale organisation professionnelle du secteur. Elle représente 5 300 entreprises et défend leurs intérêts face à ces nouvelles taxes qu’elle juge pénalisantes.

Taxes Poids Lourds - Consommation

Les enjeux derrière la taxe

Le contexte du report de trafic allemand : l’objectif est de rééquilibrer le trafic par rapport à l’Allemagne, qui a déjà sa propre taxe, la Maut. Traverser l’Alsace coûte 50 euros de moins qu’en Allemagne, ce qui explique que le transit représente désormais 51 % du trafic poids lourds en Alsace.

Des infrastructures dégradées : Selon la Collectivité Européenne d’Alsace, un poids lourd cause autant d’usure qu’environ 200 000 voitures. Plus de la moitié des chaussées du Grand Est nécessitent un entretien. Les recettes attendues sont de 50 millions d’euros par an pour l’Alsace et 90 millions pour la région.

Comment ça marche concrètement ?

Les poids lourds devront être équipés d’un boîtier GPS qui enregistre leurs déplacements sur les axes taxés. La facture est calculée automatiquement selon les kilomètres parcourus, le poids, et la classe environnementale du véhicule. Une réduction de 13 % est prévue pour les transporteurs réguliers (plus de 20 trajets par mois).

Taxes Poids Lourds - Transporteurs

Les impacts : deux visions inconciliables

Les inquiétudes des transporteurs : La FNTR estime une perte de 5% du chiffre d’affaires pour les entreprises locales. Les professionnels dénoncent plusieurs problèmes majeurs :

    • Un rôle de collecteur d’impôt : Les transporteurs devront gérer la mise en oeuvre, le paiement, la répartition pour chaque client, sans compensation, et sans garantie de répercussion, ce qui pèsera lourdement sur leur trésorerie dans un secteur où les marges sont comprises entre 1 et 2%.
    • Concurrence déloyale : Dans un marché européen très concurrentiel, la répercussion de cette taxe sur les clients pourrait faire perdre des marchés aux transporteurs locaux, au profit de concurrents étrangers non soumis aux mêmes contraintes.
    • Une économie locale pénalisée : 85% des kilomètres parcourus en Alsace concernent l’économie locale, souvent pour des trajets inférieurs à 150 kilomètres. Les transporteurs locaux, qui assurent l’approvisionnement quotidien de la région, seront les premiers touchés alors qu’ils ne sont pas responsables du report de trafic allemand.
    • Impact sur les prix : La répercussion sera inévitable et ce sont finalement les consommateurs alsaciens qui paieront via une hausse des prix des produits transportés.

Les promesses des collectivités : Réduction attendue du trafic de 5 à 10%, amélioration des infrastructures, développement du fret ferroviaire et fluvial, construction de protections acoustiques. Le projet est également présenté comme un levier de la transition écologique, favorisant les véhicules moins polluants grâce à une tarification incitative. Une étude indépendante évalue l’impact sur le pouvoir d’achat à seulement 0,04%.

 

Et après ?

La FNTR Grand Est réclame une application nationale de la taxe plutôt que régionale ainsi qu’un système de répercussion légal des coûts sur les clients. Si l’expérience fonctionne selon les collectivités, d’autres régions pourraient adopter des dispositifs similaires et le périmètre pourrait être étendue à l’A4 après 2032. Le souvenir de l’écotaxe nationale, abandonnée en 2013 après la mobilisation des Bonnets rouges, rappelle qu’une taxe ne réussit que si elle est acceptée par ceux qui la supportent. Pour les transporteurs routiers, l’enjeu reste de pouvoir exercer leur métier sans que cette charge supplémentaire ne compromette leur activité et leur compétitivité.